Entrée en politique:

Premiers engagements politiques

Dès le lycée, Jean Zay se passionne pour la politique. En 1928, au retour de son service militaire et à la veille d'une campagne électorale difficile pour les radicaux du Loiret, le jeune homme, adhérent du Parti Radical depuis 1925, ressuscite la section d'Orléans des Jeunesses Laïques et Républicaines. Cette organisation, très à gauche, jeune et ouverte, dont les membres sont socialistes et radicaux, restera pour lui une base militante de prédilection.

Les JLR d'Orléans en 1928

Les JLR d'Orléans en 1928

Jean Zay assis, en Allemagne

Encouragé par le député-maire d'Orléans Théophile Chollet, Jean Zay crée donc la section d'Orléans des JLR, avec des amis essentiellement radicaux : André Gimonnet, Jean Pujol, Jean Hémon. Le jeune président multiplie les interventions, les conférences, et les créations de sections dans le Loiret.

Elu en 1930 vice-président de la Fédération Nationale des JLR, il intervient dans d'autres départements. Pendant l'été 1930, il est délégué des JLR et de la Ligue des Droits de l'Homme, en Allemagne. Au retour, il donne à Orléans une conférence : "Aurons-nous la guerre ?". Union des Gauches et pacifisme sont les deux thèmes de prédilection des JLR.

Un élu local dynamique

La France du centre

La France du Centre,
du 7 mai 1932

Membre du Parti Radical, délégué fédéral de la ligue des Droits de l'Homme, libre-penseur des "Emules d'Etienne Dolet", président des JLR, Jean Zay est élu par le comité radical du 28 décembre 1931 pour être candidat dans la première circonscription, malgré et à cause de son jeune âge.

Il affronte le député sortant, Maurice Berger, petit industriel soutenu par l'ensemble des droites. Après une campagne très active et très unitaire, plus modérée dans sa profession de foi que dans ses soixante-six réunions publiques, il devance au premier tour les autres candidats socialiste, communiste et anarchiste, et l'emporte au second tour de 484 voix.

Jean Zay est élu en 1932, à 27 ans, député radical de la première circonscription du Loiret. Il sera réélu en 1936, et deviendra conseiller général du canton d'Orléans Nord-Est à partir de mars 1937. Ambassadeur de sa circonscription, en étroite relation avec les maires, les associations et les syndicats, il reste très présent au Parti Radical et aux JLR. Devenu ministre, il parvient à maintenir son emprise politique locale, qui persistera au-delà de la dislocation du Front Populaire.

La France du centre du 4 mai 1936

La France du Centre,
du 4 mai 1936

Une inoubliable journée républicaine

Le 3 mai 1936, lors des élections législatives, alors que Jean Zay est jeune sous-secrétaire d'Etat à la présidence du Conseil dans le gouvernement Sarraut, il l'emporte contre le même Berger de 2162 voix, fort d'un large soutien populaire.

Le 18 octobre 1936, la Fédération radicale du Loiret organise un banquet de 2700 convives en l'honneur de Jean Zay, de Pierre Dézarnaulds, député de Gien et sous-secrétaire d'Etat à l'Education Physique, et du Front Populaire... Avec Léon Blum viennent cinq ministres, quatre sous-secrétaires d'Etat, cinq sénateurs et seize députés. C'est l'apogée politique de Jean Zay dans son département.

Jean Zay à la tribune lors du banquet

Jean Zay à la tribune lors du banquet

Élection au Conseil Général

Il est élu, en mars 1937, conseiller général du canton d'Orléans Nord-Est, en remplacement du défunt Louis Gallouedec, radical modéré, maire de Saint-Jean-de-Braye. Il est réélu en octobre 1937 au cours d'une élection difficile, dans un canton qui n'était pas acquis par avance.

Jean Zay accueille Léon Blum devant l'Hôtel de ville d'Orléans

Jean Zay accueille Léon Blum devant l'Hôtel de Ville d'Orléans.

Partis et alliances de gauche

Jean Zay est à la confluence de deux courants minoritaires du Parti Radical trop souvent confondus les "Jeunes Turcs" et les "Jeunes Radicaux".

D'abord pacifiste, favorable à une modernisation de l'Etat, à la naissance d'une démocratie économique, il est proche des "Jeunes Turcs". Anti-nazi précoce et inquiet, député populaire hostile à la déflation, Jean Zay refuse avec constance l'alliance à droite, plaide avec passion pour un retour à l'inspiration politique du radicalisme et l'Union des Gauches au gouvernement : un "Jeune Radical", c'est-à-dire un radical à gauche, partisan et artisan du Front Populaire.

Le parti radical

Le Parti Radical, grand parti de gouvernement, attache les classes moyennes à la tradition de la Révolution Française. Défenseur des "petits", il est traditionnellement allié aux socialistes. La crise du Parti Radical se déclare dès qu'Herriot, président du Parti Radical, accepte de participer au gouvernement d'Union Nationale de Poincaré, en 1926. A partir d'octobre 1927, Daladier restructure le Parti. Il s'appuie volontiers sur les "Jeunes Turcs", mais partage en fait le pouvoir avec la vieille garde. Au Congrès de 1931, Herriot retrouve la présidence du Parti, écarte l'Union des Gauches pour les élections de 1932. La rénovation a fait long feu.

L'union des gauches

De 1932 à 1936, ils sont quelques-uns à plaider inlassablement pour l'Union des Gauches, seule réponse politique à la menace des ligues fascistes. Jacques Kayser, leur porte-parole, dénonce la dérive opportuniste du Parti Radical. Jean Zay s'impose comme leur tête politique parmi les parlementaires. Avec eux, Pierre Cot, Pierre Mendès France, Gaston Monnerville, Léon Martinaud-Déplat. Ils se réunissent régulièrement chez Raymond Lindon, maire d'Etretat.

Une brillante carrière

Le serment du Front Populaire

Le serment du Front Populaire.

Jean Zay, après avoir pris rapidement le contrôle politique de son département, s'affirme à la Chambre comme un député actif, puis comme un orateur de premier plan, membre redouté de la Commission d'enquête parlementaire sur l'affaire Stavisky.

Au Parti Radical, il incarne, dès le Congrès de Vichy en 1933, la stratégie d'Union des Gauches qui triomphera dans le Front Populaire : il est logiquement rapporteur de politique générale au Congrès de Wagram, en 1935. Cacique du Parti, Jean Zay devient sous-secrétaire d'Etat à la présidence du conseil dans le gouvernement de transition constitué par Albert Sarraut, le 24 janvier 1936.

Jean Zay s'affirme de congrès en congrès comme le porte-parole de la gauche du Parti Radical. C'est à Vichy qu'il devient célèbre en 1933, lorsqu'il salue le gouvernement Daladier comme un premier pas vers l'Union des Gauches, et par là, l'engage devant le "peuple radical". Après le 6 février 1934, au congrès extraordinaire de Clermont-Ferrand, les "Jeunes Radicaux" menacent d'une scission et appellent à une alliance à gauche. A Nantes, en octobre 1934, Jean Zay condamne la trêve avec la droite. Enfin, à Paris, au congrès de Wagram, en octobre 1935, il incarne le Front Populaire.

Jean Zay arrivant à la chambre des députés

Jean Zay, arrivant à la chambre
des députés.

Extrait de "L'homme du jour", 6 février 1936:

Jean Zay est le premier représentant authentique des jeunes équipes au sein des Conseils de la République. Il appartient à cette génération réaliste qui consent à aborder le Forum dans les cadres des vieilles formations, mais n'accorde à la loi et aux prophètes, le minimum de révérence, ne vas pas chercher ses disciplines dans les motions des conciles défunts et ne résout point les problèmes par des formules. ressentant profondément sa solidarité qui, sans souci de leurs étiquettes, lie les hommes nouveaux et les rassemble d'instinct dans une oeuvre commune, il rejoint ainsi le vieil idéal radical qui rêvait de faire de la République une grande amitié et ne connaissait d'autres ennemis que les ennemis de la liberté : idéal qui anime aujourd'hui le Front populaire, dont Jean Zay est un des hérauts au sein de son parti.

Jean Zay dans le journal

Le Front Populaire

Le 14 juillet 1935, au vélodrome Buffalo de Montrouge, huit mille délégués des provinces prêtent serment. L'après-midi, avec tous les dirigeants de la gauche, Jean Zay participe au monumental défilé de la Bastille à la Nation (500 000 personnes).

Jean Zay, artisan du Front Populaire, demande au Comité exécutif radical du 19 Janvier 1936 une condamnation du gouvernement Laval, qui mène une politique très impopulaire de réduction des revenus pour lutter contre la crise. Les ministres radicaux, en démissionnant, font tomber le gouvernement. Dans le ministère Sarraut, Jean Zay devient sous-secrétaire d'Etat à la présidence du Conseil.

Jean Zay et son cabinet

Jean Zay et son cabinet (gouvernement Sarrault) 24 janvier-4 juin 1936