1919-1929:

Le ressentiment des vaincus et des vainqueurs
ou la failite du traité de Versailles

Isolement des États-Unis:
 

Les Américains, en refusant de ratifier le traité de Versailles en mars 1920 rompent les accords qui avaient été pris lors de la conférence de paix et notamment, annulent les garanties de protection face aux éventuelles agressions allemandes.

La petite Entente:
 

Se sentant isolée, la France décide d’organiser elle-même sa défense et se rapproche des puissances moyennes d’Europe centrale (Tchécoslovaquie, Yougoslavie, Roumanie). Elle encourage des alliances entre ces pays, mais pour ne pas inquiéter les Anglais, n’en fait pas partie. Des traités bilatéraux sont donc signés entre chaque Etat. C’est ce que l’on va appeler la Petite Entente.

La question des réparations:

Le paiement des réparations allemandes achoppe vite sur la mauvaise volonté de l’Allemagne, mais aussi à cause des difficultés financières que connaît le pays. Tandis que les Américains et les Anglais estiment que la reconstruction de l’Europe ne peut se faire sans une Allemagne suffisamment forte, les Français se montrent intraitables sur la question des réparations. En 1923, Poincaré occupe la Ruhr, ce qui ne fait qu’aggraver un peu plus la crise économique allemande et provoque le mécontentement des Anglo-Saxons qui attaquent le Franc en représailles.
Poincaré est contraint d’accepter en septembre 1924, le plan Dawes proposé par le banquier américain Dawes, plan qui consiste à diminuer et à rééchelonner les versements allemands sur cinq ans. La France évacue partiellement la Ruhr, souhaitant conserver des garanties jusqu'à la fin des paiements. La zone sera définitivement évacuée en 1930, au lieu de 1935 : on savait que l’Allemagne ne paierait plus.

L’Italie et la "victoire mutilée":

Alors que l’Italie a perdu 600 000 hommes, elle n’obtient pas la côte des Damaltes que les Alliés lui avaient pourtant promise dans des négociations secrètes de 1915. Les traités ne lui donnent que le Trentin et l’Istrie, mais pas la Dalmatie, ni la ville de Fiume pourtant peuplée majoritairement d’Italiens. L’italie ne perçoit seulement que 10% des réparations et n’obtient aucun mandat après le démantèlement de l’empire ottoman. Un profond ressentiment naît, qui s’exprime à travers le thème de la "victoire mutilée", développée par les nationalistes* et le fascisme* naissant.

La politique du "fait accompli":
 

Des frontières issues des traités sont modifiées par la force. Dès le début des années 1920, la Pologne reconstituée s’empare de Vilno en Lituanie, puis d’une partie de la Biélorussie et de l’Ukraine. Les Lituaniens de leur côté occupent le port de Memel en Prusse orientale. Le traité de Lausanne entérine la reconquête par la Turquie de la partie d’Asie Mineure qui lui avait été retirée après-guerre. La SDN, impuissante entérine tous les coups de force.

Glossaire:

Nationalisme :

 

Idéologie qui place l’intérêt de la nation au-dessus de tout. Sentiment plus agressif que le patriotisme, il s’exprime par le rejet et la méfiance vis à vis des autres nations et par la guerre de conquête.

Fascisme :
 

L’origine du terme vient de fascio, faisceau, symbole d’autorité dans la Rome antique. Il désigne d’abord le mouvement, puis le régime italien mis en place par Mussolini, avant de désigner toutes les dictatures fondées sur le culte du chef et le rejet des principes démocratiques et des droits de l’homme.

20 - 26 décembre 1920:
Congrès de Tours, les
communistes quittent la SFIO.

20 - 26 décembre 1920:

Congrès de Tours,
les communistes quittent la CIO.

 

Les illusions de la victoire en France
 

A la sortie de la guerre, la France est exsangue. Elle compte ses morts (1 450 000) et ses blessés (750 000 invalides). Des départements ont été entièrement ravagés, tandis qu’il pèse sur elle une dette énorme. Pourtant, les Français aspirent à la paix et au retour de la prospérité d’avant-guerre. Un sentiment pacifiste, nourri par les horreurs de la guerre se développe, en même temps qu’on affirme que "l’Allemagne paiera" les réparations.

Le bloc national (1919-1924):
 

Le "Bloc national", coalition de la droite et du centre remporte les élections d’avril 1919, porté par l’élan patriotique de la victoire, la peur du bolchevisme et les divisions de la gauche. Il mène une politique très conservatrice :
 - politique antisyndicaliste, nourrie par l’inquiétude du bolchevisme : répression sévère des grèves en 1920 ;
 - politique moraliste : droit de suffrage refusé aux femmes, législation répressive en matière de contraception et d’avortement ;
 - politique pro-catholique : rétablissement des relations diplomatiques avec le Vatican en 1921, maintien du concordat en Alsace-Lorraine ;
 - politique nationaliste : occupation de la Ruhr en janvier 1923, pour obliger l’Allemagne à payer.
Poincaré, président du Conseil (1922-1924) ne parvient pas à redresser la situation financière, enrayer la dépression du franc et maîtriser l’inflation*.

Le cartel des gauches (1924-1926):
 

L’accord retrouvé entre le parti radical-socialiste et la SFIO permet la victoire du Cartel des gauches. Le gouvernement Herriot tente d'appliquer un programme "républicain", essentiellement anticlérical*, échoue devant une puissante mobilisation populaire et tombe après son échec financier.

L’Union nationale (1926-1929):

Les radicaux* se voient contraints de participer à un gouvernement centriste d’Union nationale. Poincaré rétablit la confiance des épargnants français et des investisseurs étrangers. Il équilibre le budget, met fin à la spéculation contre la monnaie française et pour stabiliser le franc, procède à sa dévaluation*. La stabilité retrouvée lui permet de mener une politique sociale moins agressive qu’au début des années 20 : débuts des assurances sociales, gratuité de l’enseignement secondaire, retraite des anciens combattants, électrification des campagnes. L’économie française connaît l’une des croissances les plus fortes du monde.

Quand Poincaré démissionne en juillet 1929, les Français peuvent avoir l’impression qu’ils en ont fini avec les séquelles de la guerre et que la France est redevenue la grande puissance qu’elle était avant 1914.

Glossaire:

Inflation :

 

Hausse générale des prix, qui traduit la dépréciation intérieure d’une monnaie.

Anticléricalisme :

 

Mouvement de pensée hostile à l’influence de l’Église et du clergé dans les affaires publiques.

Radicalisme :

 

Courant politique qui propose une politique de réforme en faveur de la laïcité, de la liberté et de l’égalité.
 

Dévaluation :

 

Diminution de la valeur d’une monnaie nationale par rapport à un étalon de référence et aux monnaies étrangères.

L'échec de la révolution mondiale
 

Au lendemain de la guerre, une partie de la classe ouvrière européenne place ses espoirs dans le communisme*. Des mouvements se lèvent un peu partout en Europe, mais ils sont très vite réprimés et contenus. Les Bolcheviks* soutiennent ces mouvements, car pour eux, la révolution ne peut triompher que si elle est totale et mondiale. Ils ont besoin de sortir de leur isolement. En mars 1919, les Bolcheviques fondent à Moscou la IIIe Internationale ou Kominterm, pour regrouper les communistes et soutenir les mouvements révolutionnaires. Son premier appel exhorte les travailleurs "à faire pression sur les gouvernements, y compris par des moyens révolutionnaires, pour que cesse l’intervention contre la République soviétique".

En décembre 1920, a lieu en France le congrès du parti socialiste à Tours. Les partisans à l’adhésion à la IIIe internationale, majoritaires, créent le Parti communiste (PC-SFIC). Les minoritaires refusent de se soumettre et maintiennent avec Léon Blum le Parti socialiste*, Section française de l’Internationale ouvrière (PS-SFIO).

La révolution en Europe échoue et provoque l’isolement de la Russie soviétique. Dans les démocraties libérales, se développe la peur de la contagion bolchevique. Les communistes sont dénoncés comme des ennemis de la patrie, et progressivement se coupent des autres courants du monde ouvrier.

Glossaire:

Communisme :

 

Doctrine ou mouvement politique, qui a pour projet la collectivisation des moyens de productions à la répartition des biens matériels. La notions de propriété privée et de classes sociales disparaît.

Bolchevisme :

 

Courant politique issu de l’Internationale socialiste, inspirée des idées de Lénine.
En 1918, le Parti bolchevik devient le Parti communiste bolchevik de Russie.

Socialisme :

 

Doctrine ou mouvement politique qui dénonce les abus du capitalisme libéral. Il vise à la réduction des inégalités sociales et à une meilleure répartition des richesses entre les hommes.

11 janvier 1923:

Poincarré fait occuper la Ruhr

 

1923:

Bachelier, Jean Zay devient
journaliste au Progrès du Loiret
et clerc d'avoué pour financer
ses études de droit.

 

L'installation du régime fasciste en Italie
 

La marche sur Rome:
 

En 1919 lors des grèves révolutionnaires qui secouent l’Italie, Mussolini fonde à Milan les Faisceaux italiens de combat, un petit mouvement à l’idéologie confuse. Il s’agissait principalement d’une milice* employée par le patronat pour briser les grèves, même après sa transformation en Parti National Fasciste* (PNF) en 1921.
En 1922, profitant des troubles provoqués par les grèves générales, Mussolini organise en août un coup de force : "la marche sur Rome". Le 27 octobre, 50 000 militants menacent de marcher sur Rome. Le roi Victor-Emmanuel III, voulant éviter toutes violences et cédant aux pressions de son entourage l’appelle à former un gouvernement. Ce fut d’abord un gouvernement d’union, les fascistes n’étaient pas encore maîtres du pays.
Mussolini après des mesures d’apaisement, se fait attribuer dès novembre 1922 les pleins pouvoirs. Il modifie également la loi électorale et provoque de nouvelles élections qui en janvier 1924, assurent une très large majorité aux fascistes.

L'assassinat de Matteotti:
 

En juin 1924, le député socialiste Matteotti, principal adversaire de Mussolini qui avait dénoncé vigoureusement les irrégularités durant les élections est enlevé. La découverte de son cadavre deux mois plus tard, provoque une véritable crise dans le pays : certains fascistes quittent le parti, les députés non-fascistes boycottent les séances de la Chambre.

Le 3 janvier 1925, Mussolini assume la responsabilité du meurtre devant les députés et annonce la dictature. L’opposition est dès lors violemment combattue. Entre 1925 et 1928, les lois fascistes sont imposées : syndicats et partis politiques interdits, droit de grève supprimé, élections locales abolies… Le PNF devient parti unique. La population est embrigadée : des organismes spécifiques encadrent les jeunes dès leur plus jeune age, tandis que les adultes sont contenus dans des systèmes corporatistes*, tandis que la police politique et la création de tribunaux spéciaux musèlent toutes oppositions.
En février 1929, les accords de Latran règlent les rapports entre l’Eglise et l’Etat italien.

Après la crise de 1929, le fascisme renforce son emprise sur l’économie. Les difficultés financières et la pénurie de matières premières conduisent Mussolini vers une politique ambitieuse d’autarcie*. Le Duce engage également l’Italie dans l’aventure impériale avec la guerre d’Ethiopie qui éloigne l’Italie des démocraties. La guerre d’Espagne le rapproche de l’Allemagne. A la fin des années 30, Mussolini semble s’orienter vers la mise en place d’un régime totalitaire.

Glossaire:

Milice :

 

Organisation paramilitaire.

Fascisme :

 

L’origine du terme vient de fascio, faisceau, symbole d’autorité dans la Rome antique. Il désigne d’abord le mouvement, puis le régime italien mis en place par Mussolini, avant de désigner toutes les dictatures fondées sur le culte du chef et le rejet des principes démocratiques et des droits de l’homme.

Corporatisme :

 

Doctrine économique inspirée du modèle médiéval qui regroupe dans une corporation les membres d’un même secteur d’activité, quel que soit leur statut des employés aux patrons.

Autarcie :

 

Politique économique d’un pays qui tend à se suffire à lui-même. Elle consiste à réduire le plus possible les échanges avec l’étranger et à n’autoriser que les importations indispensables, et donc à développer les produits nationaux et à encourager le développement de produits de substitutions.

16 octobre 1925:

A Locarno, l'Allemagne reconnaît ses frontières occidentales.

 

1925:

Publication du premier numéro
du "Grenier"

Adhésion au Parti Radical

8 septembre 1926:

A. Brian parraine l'entrée
de l'Allemagne à la
Société des Nations.

 

1926:

Jean Zay est initié à la loge
Étienne Dolet, la loge
de son père.

1928:

Inscription au barreau d'Orléans

La république de Weimar
 

La République de Weimar, née dans le contexte difficile de la défaite doit faire face dès 1919 à la révolution spartakiste*, qui fut réprimée dans le sang grâce au concours de l’armée et des corps-francs*. Les dettes de guerre, les réparations du pays et la crise mondiale provoquent une inflation* galopante que les différents gouvernements n’arrivent pas à contenir. L’occupation de la Ruhr en 1923 aggrave un peu plus la situation économique. Les adversaires de l’État tentent un premier coup d’État en mars 1920 et récidivent en 1923. C’est notamment lors du putsch manqué de Munich, en novembre 1923 qu’Hitler sera mis en prison où il rédigera Mein Kampf ("Mon Combat").

Grâce au plan Dawes proposé par les Anglo-Saxons, la situation s’améliore dès 1924. France et Allemagne se rapprochent. A la conférence de Locarno, en octobre 1925, l’Allemagne accepte formellement ses frontières avec la France et la Belgique. Le Royaume-Uni et l’Italie se portent garants et s’obligent ainsi à intervenir en cas de violation. En revanche, l’Allemagne refuse de reconnaître formellement ses frontières orientales. Le 8 septembre 1928, Aristide Briand parraine l’entrée de l’Allemagne à la SDN*. Mais le projet de faire réviser le traité de Versailles n’aboutira pas avant le déclenchement de la crise mondiale et les institutions démocratiques sont fragilisées par l’instabilité ministérielle.

Au printemps 1931, la crise s’abat sur le pays. Le chômage touche plus de la moitié de la population active. Les différents gouvernements tentent d’appliquer une politique de déflation*, qui ne fait que baisser les revenus sans donner de résultat. Le sentiment de diktat, la crise financière et économique, l’impression d’inefficacité des institutions, les violentes oppositions entre socio-démocrates et communistes font le lit des mouvements d’extrême-droite, entre autres du parti nazi. On peut considérer que la nomination d’Hitler comme chancelier, le 30 janvier 1933 sonne le glas de la République de Weimar qui n’avait pas su inspirer la confiance du plus grand nombre. L’extrême-gauche lui reprochait la répression anti-spartarkiste, la droite le diktat de Versailles et les classes moyennes la crise économique de 1922-1924.

Glossaire:

Spartakisme :

 

Mouvement d’extrème-gauche de la sociale démocratie allemande, qui se transforme en 1918 en parti communiste allemand.

Corps-francs :

 

Organisation paramilitaire, formée d’anciens militaires.

Inflation :

 

Hausse générale des prix, qui traduit la dépréciation intérieure d’une monnaie.

SDN :

 

Société des Nations (1920).
 

Déflation :

 

Politique économique qui consiste à baisser les salaires et les dépenses de l’Etat pour rétablir un équilibre budgétaire.

24 octobre 1929:

Krach boursier à Wall Street

 

La crise boursière et financière aux États-Unis
 

Les Etats-Unis sont les premiers bénéficiaires de la guerre : leurs entreprises, les seules en état de fonctionner pleinement, profitent des énormes besoins de l’après-guerre, leur domination monétaire est établie, quant à leur rôle diplomatique, ils concurrencent désormais le Royaume-Uni et la France.
Pourtant, la croissance trop spéculative et trop libérale des années 20 s’avère fragile. Très vite, le pays connaît des problèmes économiques et sociaux. Le commerce américain se rétracte continûment depuis la fin de la guerre, au fur et à mesure que les économies européennes retrouvent leur niveau d’avant-guerre. La consommation interne ne parvient pas à compenser cette baisse. Le chômage ne cesse d’augmenter.

En août 1929, le relèvement des taux d’escompte qui déterminent le loyer de l’argent rend le crédit plus cher et provoque une baisse de la consommation, et donc de la production industrielle. La confiance des milieux d’affaires, lourdement affectée, entraîne des ventes massives d’actions et provoque le krach* de la Bourse de Wall Street, le 24 octobre 1929. Ce krach entraîne la ruine de nombreux petits épargnants et des banques qui leur avaient fait crédit, mais surtout plonge les Etats-Unis dans une crise économique de longue durée qui s’étend rapidement aux autres continents.

Le New Deal *, entrepris par le président Roosevelt à partir de 1933 est fortement contesté, mais parvient à enrayer partiellement la crise.

En raison du poids économique des Etats-Unis et des multiples échanges financiers et commerciaux entre les pays, la crise s’exporte à tous les pays du monde. Dans les jours qui suivent la débâcle boursière, les banques américaines menacées de faillite retirent les capitaux prêtés aux états étrangers. Contraintes de rembourser les banques américaines, de nombreuses banques européennes font à leur tour faillite, d'abord en Allemagne et en Europe centrale, puis en France et en Grande-Bretagne.

Glossaire:

Krach :

 

Effondrement des cours boursiers

New Deal :

 

Le terme New Deal, "nouvelle donne" désigne la période de 1933-39, pendant laquelle le président Roosevelt prend un certain nombre de mesures pour relancer l’économie américaine en favorisant notamment une intervention accrue de l’Etat dans l’économie pour en atténuer les déséquilibres (grands travaux).